Décrochage scolaire et prévention : après un an de mise en place du Service de Prévention des Ruptures Éducatives et Scolaires, Corinne Julien, enseignante spécialisée, revient sur le fonctionnement de ce dispositif innovant.

Le cadre

Le Service de Prévention des Ruptures Éducatives et Scolaires est un nouveau dispositif de lutte contre le décrochage scolaire. Il est proposé aux collèges de l’enseignement privé de Pau et couronne. Porté par les apprentis d’Auteuil dont le travail partenarial éducateur enseignant est une des spécificités, le poste d’enseignante spécialisée que j’occupe est rattaché à l’établissement Ste Bernadette d’Audaux déménageant sur Pau pour la rentrée 2018.

Ce service comprend, par ailleurs, des temps d’intervention d’un éducateur, d’un psychologue pour compléter l’action pédagogique. La coordination est assurée par Jean-François CASSOU , enseignant spécialisé qui officie également sur l’Internat Relais de l’établissement. Le diocèse accompagne et soutien la création de ce nouveau service tout comme l’inspection académique par les biais de leurs responsables ASH présents au côté de l’équipe.

Le point de départ

Le SPRES a été pensé comme un dispositif relais inclusif : relais dans le sens de lutte contre le décrochage, à un niveau préventif ; inclusif car mobile et intervenant exclusivement sur le site des collèges. La priorité est de ne pas sortir le jeune de son établissement, de permettre qu’il s’y sente suffisamment bien pour continuer sa scolarité.

Plusieurs challenges…

Le partenariat

Il s’agissait cette année de faire vivre ce nouveau dispositif et de le définir tout en le construisant avec les collèges.

Après une année de fonctionnement, on peut se réjouir de l’accueil des collèges et du partenariat commencé avec toutes les équipes des professeurs du secondaire. La présence hebdomadaires du SPRES sous forme de permanence a permis des échanges réguliers tant à propos des jeunes que sur la méthodologie du SPRES.

L’accompagnement intègre également les partenaires déjà présents autour de l’enfant avec le premier préalable de l’adhésion des représentants légaux, puis les travailleurs sociaux, thérapeutes…

La psychologue du diocèse est venue travailler aux synthèses du SPRES pour compléter la réflexion. Elle garde une disponibilité régulière si besoin, ce qui permet de donner de la cohérence aux actions menées et des avancées lors de situations délicates.

Les outils

La méthodologie réfléchie pour accompagner un jeune propose différentes étapes qui, sans alourdir les démarches permettent : un échange, la formulation d’une demande, des observations, une proposition, un suivi, puis un bilan. C’est la garantie d’une démarche réflexive qui ne reste pas à l’état d’intention ou de constat.

Le suivi auprès des jeunes nécessite aussi la précision d’outils spécifiques suivant les objectifs et le contexte. Selon la situation, les outils sont donc plus ou moins éloignés du contenu scolaire et peuvent permettre de travailler en préalable le rapport au savoir, à l’institution ou le projet du jeune.

Le champ d’action

Le décrochage est multifactoriel. Travailler sur la prévention amène de la complexité car cela implique de prendre en compte toutes les vigilances soulevées sans pour autant pouvoir y répondre tant au niveau du nombre que sur la spécificité de situations ne relevant pas du SPRES.

Cependant tout ce qui pose question soulève une dynamique de réflexion et peut effectivement s’avérer aboutir à du décrochage. En ce sens, tous les échanges générés viennent enrichir la question autour de la difficulté et des besoins particuliers en collège.

Les formes d’intervention

Les entretiens avec les enseignants du collège, formels, informels avec les vies scolaires ou les chefs d’établissements permettent une action indirecte au sein des collèges. Les échanges avec les parents ou autres partenaires autour du jeune, l’intervention du coordonnateur peuvent faire avancer la problématique.

Hors de la classe auprès du jeune dans une salle identifiée, le jeune peut être reçu pour travailler de manière régulière ce qui a été définit.

Dans la classe auprès du jeune pour observer, raccompagner ou soutenir.

Quelle que soit la forme, l’intervention du SPRES doit être délimitée dans le temps. Elle ne peut prendre la forme d’un soutien à l’année qui limiterait son action. C’est une de nos prises de conscience

Pour conclure :

Côté chiffres, même si ce n’est pas le plus important, cette année scolaire, le SPRES a été sollicité pour une quarantaine de situations. Un peu moins de vingt jeunes ont été suivis. Une trentaine de situations sont évoquées pour l’année prochaine et requiert de la vigilance.

Sans chiffre, le travail auprès des jeunes a été un espace de parole dont ils se sont saisis de manière extrêmement active. Si les notes ne reflètent pas la remobilisation d’autres critères m’ont montré des changements réels de posture.

L’échange et la disponibilité des professeurs a permis de faire exister ce service, d’arriver jusqu’aux jeunes sur le lieu du décrochage. Je les en remercie. Je mesure combien il est bénéfique à notre travail que je puisse faire partie de leurs équipes. Et qui plus est, combien il est appréciable de pouvoir entrer dans les classes avec autant de latitude selon les besoins des élèves.

Corinne JULIEN

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