A l’automne, nous avions évoqué l’outil NARRAMUS présenté par Roland Goigoux et Sylvie Cèbe lors d’une série de conférences autour de la compréhension en lecture organisée par le Centre Alain Savary. Pour mémoire nous vous renvoyons vers cet article: “trouvailles d’automne”

Le printemps est arrivé alors il est temps pour nous d’écrire quelques lignes pour vous présenter plus en détails les fondements pédagogiques de cette démarche que nous illustrerons avec quelques exemples de mise en œuvre.

Ces deux chercheurs partent du postulat que la compréhension fine des textes lus par les enfants est très en lien avec la compréhension des textes entendus. Ils nous encouragent donc à développer de façon structurée ces compétences fondamentales dès la maternelle à partir d’albums jeunesse. Mais le petit “plus” et un des axes essentiels dans cette démarche NARRAMUS est la narration de l’histoire par l’enfant lui-même. En effet, peu à peu l’enfant va pouvoir devenir, lui-même, conteur de l’histoire en captant son auditoire, grâce aux outils proposés pour s’approprier le vocabulaire et les tournures syntaxiques et faire apparaître l’implicite ou ce que pensent ou ressentent les personnages.

Les compétences travaillées avec les élèves s’articulent autour de 4 domaines:

Une attention particulière sera portée aux compétences lexicales et syntaxiques afin que l’enfant comprenne et s’approprie les expressions et le lexique de l’histoire entendue. La démarche NARRAMUS propose de travailler sur ces éléments, en amont, avant que les enfants entendent le texte, comme pour leur donner les clés de compréhension que n’ont pas toujours les élèves fragiles… Ces expressions sont répétées mais aussi vécues à travers le corps par le mime, ce qui permet de mieux les ancrer et les stabiliser.  C’est avec un réel plaisir que les enfants retiennent ces expressions, peuvent peu à peu les expliquer pour les employer ensuite, à bon escient, dans leur propre narration de l’histoire.

Une autre indication donnée par les auteurs de NARRAMUS est de dissocier l’écoute du texte et la présentation des illustrations. Prendre et laisser ce temps à l’enfant pour créer ses propres images dans sa tête, lui donner l’occasion de les mettre en mots et de les confronter avec celles des camarades est une étape essentielle du processus. L’illustration viendra dans un deuxième temps pour valider ou invalider ce qu’il avait imaginé.

Dans ce dispositif NARRAMUS, l’enseignant sera parfois lecteur du texte de l’album mais aussi, à d’autres moments, conteur pour faire apparaître de façon plus claire l’implicite de l’histoire : ce que pensent ou ressentent les personnages, la raison d’une telle action etc… Il pourra ainsi exprimer de façon plus précise et détaillée l’articulation chronologique et les relations “cause/conséquence” entre les différentes scènes du scénario.

Des temps de “pause” sont aussi prévus pour permettre aux élèves d’émettre des hypothèses, d’élaborer : “que va-t-il se passer maintenant ? Que va dire tel personnage ?” Étape essentielle pour que le futur lecteur soit dans cette démarche active. Ces temps sont très bien indiqués dans le guide. Côté pratique, le CDRom vous donnera la possibilité de projeter les images à l’aide d’un vidéo projecteur ce qui facilite le travail avec un groupe d’élèves.

L’outil ressource proposé chez RETZ permet d’imprimer pour les plastifier, les figurines des personnages et des masques. Les enfants vont pouvoir ainsi vivre et jouer les différentes scènes de l’histoire. L’interaction avec les autres “acteurs” donnera la possibilité à certains de réguler leur compréhension fine de l’histoire et de s’approprier les expressions et le lexique mémorisé.

Ainsi outillé, l’enfant pourra, à son tour, devenir le “conteur” de cette histoire à son rythme et avec son propre bagage langagier. Même les plus fragiles se sentent en sécurité pour oser se lancer car ils sont conscients d’avoir des clés entre leurs mains. Cette étape-là est à chaque fois un réel plaisir pour tous : pour l’enfant qui prend les rennes, pour les copains qui écoutent activement et pour les adultes qui les voient évoluer chacun à leur mesure.

A ce jour, plusieurs enseignants ont créé du matériel (maquettes, tapis, marionnettes) pour que les enfants puissent, quand ils sont prêts, conter seul toute l’histoire en classe mais aussi à la maison. Voilà une raison de plus pour vous intéresser de prés à NARRAMUS, car le lien ECOLE/FAMILLE si essentiel, sera favorisé par ces histoires contées qui voyagent dans les familles !

Maquettes « la sieste de MOUSSA » créées du côté de Cambo

                          

Premières narrations ” les deniers de compère lapin” avec le tapis “histoire cousue”

Nous espérons que cet article, loin d’être exhaustif, saura “titiller” votre curiosité… N’hésitez pas à partager avec vos collègues et surtout à mettre en œuvre cette démarche avec vos élèves vous prendrez autant de plaisir qu’eux…

Avis plus personnel : Enseignante ASH, maître E, j’ai utilisé NARRAMUS  en RA (regroupement d’adaptation) CP durant cette période pour travailler les compétences de l’oral et la compréhension. J’ai fait le choix de suivre la démarche proposée dans le guide en aménageant certains modules car je ne travaillais pas avec ce groupe d’élèves tous les jours.  J’ai procédé ainsi, pour pouvoir observer les effets de la démarche Narramus tant sur les élèves que sur mon propre fonctionnement. J’ai eu besoin de cette première étape pour pouvoir partager ensuite en connaissance de cause, mes impressions et mes observations avec les collègues ASH et ceux de maternelle/CP.

Le lien ECOLE/FAMILLE, est un des axes essentiels de ce processus et rejoint bien mes convictions. Pour que les enfants puissent conter à la maison, j’avais bien imaginé un petit tapis avec des personnages en tissu mais…….. je n’ai aucun talent de couturière. Alors, une amie éducatrice de jeunes enfants qui crée des grands tapis de lecture m’est venue en aide et nous avons réfléchi au support ensemble. Elle a ensuite apporté sa “touche personnelle” qui rend ce support “histoire cousue” si  “magique” pour reprendre l’expression d’une élève. Merci à elle !

Cette démarche n’est pas “révolutionnaire”, elle n’est pas non plus spécifiquement réservée aux enseignants ASH, bien au contraire…  Alors, ne vous en privez pas car c’est un outil “clé en main” qui est rassurant et contenant au départ pour oser aller explorer ces horizons pédagogiques. Ensuite, et c’est aussi ce que j’apprécie, une fois que vous aurez intégré la démarche pédagogique et surtout les enjeux, vous pourrez aller vers d’autres albums jeunesse à votre guise… La démarche Narramus n’enferme pas au contraire. Le seul risque est de prendre goût à écouter les élèves raconter des histoires et surtout, les entendre créer les leurs…

Si certains/nes d’entre vous ont déjà utilisé ce dispositif, n’hésitez pas à laisser un commentaire afin de pouvoir partager nos expériences et nos analyses.

 

Nous terminons cet article par un PADLET compilant un certain nombre de ressources trouvées sur le WEB qui sera actualisé régulièrement.

Fait avec Padlet

 

 

 

 

 

 

 

%d blogueurs aiment cette page :