Un récent tweet de Philippe Meirieu (@PhilippeMeirieu) m’a conduit à lire une note de synthèse très intéressante :

Dix années de politique inclusive à l’école : Quel bilan?

Ecrite par Emilie Chevallier-Rodrigues, Amélie Courtinat-Camps et Myriam de Léonardis, cette note permet de revenir sur les évolutions à la fois conceptuelles et politiques liées à la loi de 2005. Ou comment l’inclusion vient questionner la place de l’enfant, de l’enseignant, des parents et des partenaires?

La première partie du document remet à plat les grandes différences entre Intégration et Inclusion tout en s’arrêtant sur  la définition de quelques termes devenus tellement usuels qu’on ne sait plus toujours ce qu’on met derrière. Ainsi, les auteurs reviennent sur :

  • l’expression “en situation de” qui rappelle l’importance des facteurs environnementaux dans la compréhension du handicap. “La personne en situation de handicap est le produit de l’incapacité de l’environnement à traiter correctement les différences et non pas comme la conséquence d’une déficience propre à la personne.” Nous sommes donc dans une perspective beaucoup plus sociale du handicap.
  • la notion de “parcours” qu’ils différencient de la filière.
  • l’expression “Besoin Educatif Particulier” (nous provenant de l’expression anglo-saxonne special educational needs) qui appelle une mise en place d’aménagements spécifiques. Les auteurs en profitant pour pointer les dérives probables liées à une centration excessive aux besoins de chacun sans tenir compte de son environnement.

La seconde partie permet de prendre connaissance d’un certain nombre de résultats d’études concernant les dispositifs d’inclusion tels les ULIS. Les conclusions sont tout à fait intéressantes et permettent d’entrevoir l’inclusion de manière plus globale.

Enfin, c’est au regard de ces conclusions que dans une troisième partie, les auteurs proposent des axes de travail à tous les professionnels investis dans ce nouveau paradigme.

Vous pourrez lire cette note en cliquant ci-dessous

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La lecture de ce document me pousse à quelques réflexions personnelles que je vous livre pour discussion.

Si l’intégration était davantage centrée sur les difficultés des élèves et les aides à leur apporter, on nous rappelle que l’inclusion va plutôt chercher à aménager le fonctionnement pédagogique pour permettre l’apprentissage de tous. C’est peut-être ce qui peut expliquer ce qui se dit actuellement sur la place de l’enseignant spécialisé. Ce glissement le poussant de la remédiation à la personne ressource paraît cohérent avec ce changement de paradigme. Même si je vous avoue que je trouverais dangereux de rejeter tout ce qui se faisait avant sous prétexte que cela était utilisé dans le cadre de l’intégration. Les mouvements de balancier n’ont jamais apporté que du bon dans les périodes de changement. J’y vois le risque  de passer (aux yeux des collègues) d’enseignant spécialisé à enseignant spécialiste. Situation qui serait hautement problématique.

La différenciation pédagogique – principe poussant les enseignants à s’adapter et différencier pour chacun de leurs élèves – devient alors le maître mot. Le risque étant (toujours à mon sens ) d’aller vers une individualisation excessive et d’oublier petit à petit l’importance du groupe. On en oublierait presque nos références socio-constructivistes. Mais peut-être est-ce notre époque qui veut cela. Comme si gérer et faire vivre un groupe était contraire au respect de chacun. Mais un groupe classe, une société peut-elle être le résultat d’une somme d’individus? Sommes-nous appelés à vivre les uns à côté des autres en attendant qu’on s’occupe de chacun? Tout changement amène des dérives et cette logique de l’inclusion en arriverait presque à produire son contraire. Dans l’inclusion, je voyais la possibilité pour le groupe d’être encore plus fort et en fait on observe bien souvent une centration sur chacun. L’inclusion n’est pas la seule responsable de cette dérive. Notre société est de plus en plus individualiste. Le nombre d’enfants par famille est de moins en moins nombreux et pousse donc chaque parent à être encore plus attentif à son enfant. Le buzz de Céline Alvarez à la rentrée voudrait également nous faire croire que la solution est dans l’adaptation à chacun. Prenez le temps de regarder ses vidéos et comptez combien de fois les enfants sont en interaction avec autre chose que le matériel proposé.

A côté de cela, bien sûr, les outils coopératifs sont très prisés et font beaucoup parler d’eux. Réel contrepoids? On peut l’espérer, même si parmi ces outils, le plan de travail ou les ceintures de compétence sont parmi les favoris. Or, nous le savons bien, ces outils ne trouvent leur pertinence qu’en étant adossés aux conseils de coopération, exposés et autres outils de régulation, communication et échanges.

La position la “plus juste” est souvent celle du milieu. Mais, elle demande constamment de rechercher son équilibre, tel un randonneur sur la crête tentant d’avancer sans tomber ni du côté de l’individualisme ni du côté du groupe à tout prix. Alors, si l’enseignant spécialisé doit de plus en plus devenir personne ressource, peut-être devrons-nous alors être insistant sur la nécessité du groupe dans l’apprentissage. Que ce groupe soit celui de la classe d’âge ou à multi-niveaux. L’interaction avec l’autre permettant entre autres choses la mise en lumière des procédures d’apprentissage obligeant chacun à être dans la justification de ses choix (et donc à mettre sa pensée en mots), permet de mettre en lumière nos erreurs et de les traiter comme des étapes inhérentes à l’apprentissage…

Peut-être devons-nous toujours chercher, en tant qu’enseignant, à ce que le groupe apporte à l’élève tout en étant garant que chacun apporte au groupe. Un projet de société derrière cela? peut-être bien…

 

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