Les mots, nous le savons, sont porteurs de sens et véhiculent des valeurs personnelles et/ou sociétales. Leur choix n’est pas anodin. Ils peuvent être le signe d’une volonté d’immobilisme ou alors plutôt traduire une évolution des mentalités. Dans ce cas, ils deviennent de réels leviers pour bouger les lignes face à certaines de nos représentations.

Le monde de l’ASH en est une belle illustration… Depuis l’Antiquité le lexique évoquant les fragilités humaines s’est beaucoup modifié. Nous ne ferons pas ici un historique de cette évolution sémantique mais certains auteurs comme Charles Gardou ou Eric Plaisance pourront vous apporter des éléments très éclairants sur le sujet. 

Depuis le début du 20ème siècle, nous avons cheminé d’un monde prônant la ségrégation vers une société qui se voudrait plus inclusive. Certes ce chemin parsemé de « petits pas » est laborieux et encore long mais la loi 2005 a été une étape essentielle de ce parcours. Elle a favorisé le passage du concept d’intégration à celui d’inclusion comme l’illustre bien cette infographie. « Une image vaut mille mots… »

Le besoin d’interroger les mots, en équipe dans nos écoles et collèges, s’est illustré ces dernières  années justement par la transformation des CLIS (classes d’intégration scolaire) ou UPI (unités pédagogiques d’intégration) en dispositifs ULIS (unités localisées d’inclusion scolaire). 

Au delà d’un changement de dénomination, il s’agissait d’une réelle modification structurelle de grande importance. 

L’élève est aujourd’hui bien inscrit dans une classe de référence et, en fonction de ses besoins particuliers, accompagné « ponctuellement » ou plus « régulièrement » par l’enseignant spécialisé et l’AESH co en dispositif ULIS. Sur le terrain, certains élèves avaient pris l’habitude de dire  avec un beau sourire quand ils allaient en classe ordinaire: «  Je vais en inclusion ! »… Cela signifiait-il qu’ils étaient en « exclusion » le reste de la journée scolaire ? 

Ce paradoxe linguistique a permis des échanges et des réflexions porteuses de sens dans les équipes pédagogiques. Peu à peu les lignes ont bougé et la façon de nommer ces différents « espace temps » de l’élève d’ULIS a pu évoluer positivement.

 

Cet article autour des mots nous donne l’occasion de mettre en lumière celui d’« Accompagnement ». Cette attitude éducative du « côte à côte » qui accepte l’Autre dans sa singularité en lui reconnaissant sa propre capacité à agir pour cheminer vers l’autonomie. Cette posture qui met l’éthique au cœur de la relation éducative, croit aux potentialités de l’Autre, induit la « bonne distance » dans un lien de confiance et vise la responsabilisation de tous les acteurs. L’accompagnement n’est bien sûr pas spécifique à l’ASH tout comme il n’est pas non plus réservé à la relation adulte- enfant. 

Si cette thématique vous intéresse, nous vous conseillons de consulter les travaux de Maela Paul Docteur en Sciences de l’Éducation qui fait référence en la matière.

Cet article récent publié sur le site du SGEC peut d’ailleurs être une bonne introduction et une occasion d’échanges constructifs au sein de nos équipes pédagogiques. (Cliquez sur la photo pour le découvrir)

Très en lien avec cette posture « d’accompagnement » une autre formule prisée dans notre jargon scolaire mérite aussi d’être questionnée pour évoluer vers d’autres possibles: celle de « prise en charge »… Quelle place laisse-t-on vraiment à l’Autre quand on le « prend en charge » ? N’est-on pas tenté de faire pour lui ? Respecte-t-on vraiment son tempo, sa singularité ? Ne place-t-on pas l’Autre en posture « d’objet » qui peut attendre que l’on fasse pour lui ? 

Nous vous encourageons à écouter Joseph Schovanec qui tout en subtilité et avec une pointe d’humour, comme à son habitude, nous propose plutôt l’expression « prendre en considération ». (Petit clic sur l’image à suivre)

Voilà une illustration parfaite de la « valeur » des mots mais encore plus des « valeurs » portées  par les mots… Nous pouvons tous comprendre qu’entre « prendre en charge » et « prendre en considération » le sens de la relation et la place faite à l’Autre ne sont pas les mêmes. 

Ce focus linguistique tenté modestement ici est bien sûr très contextualisé : plutôt occidental et marqué culturellement. Pourtant, d’autres visions de la différence sont véhiculées dans le monde et peuvent être riches d’enseignements. Nous avons déjà eu l’occasion de partager avec vous le travail linguistique fait par Keri Opai dans la culture maori. En maori le terme qui évoque la personne en situation de handicap est le terme « waikaha » qui signifie « qui a une force ou une capacité différente »… 

Alors, sachons ouvrir nos horizons, osons nous questionner et nous enrichir de cette altérité. Et ensemble, relevons le défi de faire « vivre ces mots » dans nos actes professionnels !

Ajout du 4 novembre: Belle illustration personnelle proposée par @kakotx suite à la lecture de cet article. Quand les images aident aussi à véhiculer des messages c’est encore mieux… Merci !

%d bloggers like this: