Le 27, 28 et 29 septembre 2018, la FNAME (Fédération Nationale  des Associations des Maître E) organisait son colloque annuel, à Rennes, au Centre des Congrès, Couvent des Jacobins, face à la basilique Sainte Anne. Un programme riche nous attendait autour du thème « Apprendre, Raisonner, Comprendre : l’élève, un être pensant ! Comment s’y prend-il ? Comment l’accompagner ? »

Pour traiter de ce thème, des intervenants de qualité :

  • Jacques BERNARDIN, président du GFEN (Groupe Français d’Éducation Nouvelle) : « Les dispositifs d’accompagnement au fil du temps : comment l’élève est-il pensé ? »

  • Laurence RICHEZ, orthophoniste, psychologue, chargée d’enseignements universitaires et de formations professionnelles : « Les théories logico-mathématiques : quel est leur intérêt dans l’accompagnement des apprentissages ? »

  • Omar ZANNA, docteur en sociologie et en psychologie, enseignant-chercheur, Le Mans Université, laboratoire VIPS2 et Bertrand JARRY, formateur académique en éducation prioritaire et CPE : « De l’empathie pour apprendre – par corps – à l’école : un chemin pour réussir »

  • Michèle MAZEAU, docteur (Paris), médecin de rééducation pratiquant la neuropsychologie infantile : Les fonctions exécutives chez l’enfant : implication dans les apprentissages scolaires ».

  • Geneviève CHAMBARD, enseignante formatrice honoraire en primaire et membre du bureau de l’AGSAS : « Comment aider l’enfant à faire alliance avec le groupe des apprenants et à découvrir le plaisir d’y être apportant ».

  • Cédric FORCADEL, professeur des écoles, président du Groupe Départemental 76 de l’ICEM-pédagogie Freinet : « Apprendre à coopérer, coopérer pour apprendre : le bonheur c’est les autres ! ».

  • Christophe MARSOLLIER, chercheur en sciences de l’éducation, Inspecteur Général de l’Éducation Nationale : « L’éthique relationnelle, un axe de professionnalisation de l’accompagnement de l’élève ».

Pour finir ces 3 jours denses, la FNAME nous proposait une table ronde, avec son comité scientifique, sur le thème : « Portraits de maîtres spécialisés en Europe et au Québec : quelles pratiques ? »

Que faut-il retenir de ce colloque :

Jacques Bernardin, ouvre le bal en nous demandant « comment l’élève est-il pensé ? ». Les élèves à BEP sont inadaptés aux standards qui prévalent dans l’Education Nationale. L’institution exige des parents qu’ils livrent des enfants standardisés, s’ils ne sont pas « conformes », on les renvoie vers l’enseignement spécialisé. Faut-il accepter cette fatalité, admise par des enquêtes officielles, qui montrent que 72% des SEGPA hors MDPH sont issus de milieux défavorisés, et 85% des élèves d’ULIS ?

Dans cette perspective historique et statistique, il y a une logique sous-jacente à la perception qu’on a de l’élève et au mode d’accompagnement que l’on met en place. 69% des enseignants imputent les difficultés d’apprentissage des élèves à leur milieu défavorisé ou « peu porteur ». Ce regard de l’enseignant induit presque automatiquement une tendance à baisser le niveau des tâches, à les morceler, à les sur-encadrer. Les élèves ne sont plus confrontés à la difficulté, à la recherche (« le rapport au savoir » B. Charlot).

Pourtant des élèves échappent au déterminisme social y compris au sein d’une même fratrie. Dans ce cas, qu’est-ce qui a été primordial pour le développement de ces élèves qui font exception ?

Quel rôle les enseignants spécialisés ont-ils à jouer ? Les éducateurs doivent exaucer les jeunes au-delà d’eux-mêmes selon le principe d’éducabilité qui prévaut pour tous les élèves. Les attentes des enseignants pour leurs élèves influent sur l’autoréalisation des prophéties. « JE est un autre, mais il ne le sait pas encore », il s’agit de le révéler à lui-même. Parce que rien n’est immuable en matière d’éducation, tout est susceptible de mouvement, de remaniement.

Un rapport sur les ULIS dénonce « la construction scolaire du handicap mental » ; les enseignants spécialisés sont condamnés à développer leur professionnalité, pour pérenniser leurs postes et être légitimes à réclamer les moyens nécessaires à leur action.

Laurence Richez, poursuit la discussion en mettant l’accent sur les théories piagétiennes qui gardent tout leur intérêt quand on les coordonne avec des théories plus récentes, car les concepts logico-maths fournissent des grilles d’analyse des fonctionnements de la pensée qui restent très pertinents quand il s’agit d’accompagner les enfants et les adolescents dans leurs apprentissages : elles permettent de répondre à « quand », « comment » et « pourquoi » aborder les différents domaines des enseignements fondamentaux ; elles ont de plus la spécificité de définir ce qui est possible pour chaque enfant en fonction de son niveau d’acquisition et de ce qu’il réussit ou échoue.

Puis, Omar Zanna et Bertrand Jarry nous éclairent sur le concept d’empathie, que les enseignants manifestent envers les élèves à BEP, en saisissant la manière dont leurs propos résonnent chez eux. Il s’agit de l’ « empathie cognitive ». Que dire alors de l’ « empathie émotionnelle », celle qui passe par le corps ? On a longtemps pensé que les émotions perturbaient le jugement, la raison. Or, il a été montré que sans elles, il est impossible d’apprendre ! (cf : Houdé, 2014). L’école bouillonne d’émotions et ceux qui font les lois n’en font pas grand cas (cf : Zanna 2015, 2018). Les émotions ne font que peu l’objet d’une réflexion didactique, si ce n’est l’EPS, la musique et les arts plastiques. Mais aujourd’hui, les textes relatifs à l’EMC (enseignement moral et civique) interrogent les compétences émotionnelles, sociales et relationnelles et forment un véritable levier à la transformation des pratiques enseignantes. La France accuse un retard dans ce domaine. Ainsi, apprendre à analyser le corps de l’autre apparaît donc comme une condition première et nécessaire à la compréhension d’autrui et du monde.

Présentation de Bertrand JARRY et Omar ZANNIA

Avec Michèle Mazeau, on réfléchit sur l’aide que l’on peut apporter à ces élèves qui présentent des troubles des fonctions exécutives (TDA) à condition qu’un diagnostic ait été posé car malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. L’appareil cognitif peut être considéré comme un puzzle de systèmes spécialisés, massivement inter connectés, y compris chez l’enfant et le bébé. Du coup, il peut y avoir des dysfonctionnements de ces réseaux neuronaux. Après un bref rappel sur ce que sont les fonctions exécutives, elle les compare à un orchestre avec un chef d’orchestre à 3 baguettes, qui gère et contrôle toutes ces fonctions et explique comment on peut repérer ces troubles. Elle finit par attirer notre attention sur les « multidys » qui ne sont bien souvent que des troubles des FE (Fonctions Exécutives), à savoir TDA-H. D’où l’importance d’un diagnostic clair pour mettre en place des PEC cohérentes afin d’éviter l’épuisement de l’enfant, son découragement, celui des parents, des rééducateurs, des enseignants etc. et de constater des améliorations chez l’enfant. Le docteur Mazeau conclura par l’importance d’un diagnostic précoce avec des PEC adaptées pour espérer une amélioration et éviter l’échec scolaire, les conduites à risques et les addictions. Ces adultes TDA-H s’orientent souvent vers des métiers de la création, l’informatique, la politique, des métiers à risques et d’urgence.

C’est avec Geneviève Chambard que l’on se demandera comment aider l’élève à faire alliance avec le groupe des apprenants et à découvrir le plaisir d’y être apportant. Force est de constater la grande hétérogénéité du peuple scolaire tenant compte du développement de l’enfant, des familles dans leur histoire, de l’héritage culturel etc. Il faut aussi noter que l’enfant est pluriel, à la fois biologique, psychologique, sociologique et épistémique. Que faire alors pour la réussite de tous ? Redonner confiance, favoriser la triple alliance (cf : J. Lévine), identitaire, institutionnelle et cognitive. L’aide personnalisée doit amener au changement de regard sur l’enfant. Comment faire ? Les ateliers philo peuvent être le lieu de cette alliance. Pourquoi ? Parce que l’on réfléchit sur un sujet qui intéresse l’ensemble des humains ; parce qu’on accepte que chaque participant est une personne du monde, y compris l’enseignant ; il n’y a aucune prise de risque, aucune obligation de s’exprimer, aucune évaluation ; la réflexion démarre à partir d’un mot inducteur qui ouvre sur le monde ; pas d’attente de production de la part de l’enseignant. Que se passe-t-il alors ? Écoute de l’autre ; travail valorisant ; l’enfant fait des découvertes sur le plaisir d’apprendre, de penser par lui-même et d’en savoir plus ; l’enseignant aussi fait des découvertes sur les élèves, leur investissement, leur opinion, leur capacité à se distancier … Chaque enfant se construit alors dans les yeux de l’autre. 

Et pourquoi ne pas apprendre à coopérer ou bien alors coopérer pour apprendre, nous dit Cédric Forcadel, qui s’inspire de la pédagogie Freinet, celui-ci même qui prétend que « l’école a dressé des écoliers, (et qu’) elle a oublié de préparer des hommes … ». Quel citoyen veut-on former ? Quelle société pour l’avenir ? Accompagner l’élève dans l’autonomie c’est travailler les relations sociales dans le groupe. Là encore il s’agit d’apprendre ensemble, de se construire dans les yeux de l’autre et de construire son savoir avec l’autre.

Présentation de Cédric FORCADEL

Christophe Marsollier, lui, s’attachera à montrer à quel point l’éthique relationnelle peut contribuer à renforcer la persévérance scolaire des élèves à BEP ainsi que leur résilience en s’appuyant sur la notion de vulnérabilité. L’accompagnement de l’élève dans ses apprentissages et dans sa scolarité constitue en soi une posture fondamentale parmi l’ensemble des conditions susceptibles de contribuer au bien-être et à la réussite de l’élève. Un focus sur la vertu de bienveillance et ses enjeux permettra de prendre la mesure des exigences de son incarnation pour les acteurs de l’éducation mais aussi de la puissance éducatrice et pédagogique des gestes « ordinaires » dans la classe.

Pour finir, la table ronde organisée par la FNAME sur le fonctionnement des maîtres spécialisés en Europe montre qu’il y a une forte tendance à l’incitation aux politiques inclusives au niveau européen, même si l’organisations des aides est propre à chacun. On ne veut plus d’appellations, de catégories, de classement de handicap… La Belgique et les Pays Bas travaillent en ce moment sur l’éducation inclusive mais ils considèrent que cela ne répond pas du tout aux besoins spécifiques du handicap. Ils constatent que chez les voisins (dont la France) c’est beaucoup d’intégration qu’il s’agit et que l’inclusion demande des moyens énormes. La réalité de l’inclusion est beaucoup critiquée. On considère qu’un élève est inclus quand il est à 80% de son temps dans la classe ordinaire.

Article rédigé par Trahard N. et MH Capdevielle (SEGPA du Beau Rameau à Lestelle-B)

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