Cet article nous donne l’occasion de faire un point sur les ressources qui peuvent aider à mieux comprendre le fonctionnement de ces « drôles de zèbres » que sont les élèves EIP (Elèves Intellectuellement Précoces : appellation officielle dans les textes de l’éducation nationale).

La plupart de ces élèves EIP parviennent à s’épanouir de façon harmonieuse à l’école avec des aménagements pédagogiques pertinents et pour certains une adaptation de leur scolarité. Mais nous ne pouvons pas ignorer que le parcours scolaire de certains d’entre eux (1/3 environ) peut être très chaotique, douloureux et aller même jusqu’au décrochage scolaire. Ces élèves au fonctionnement singulier questionnent beaucoup les équipes pédagogiques car ils ne sont pas en réussite dans le cadre de l’école, ce qui peut engendrer des crispations entre l’école, l’élève, sa famille et les partenaires.

Pourquoi dit-on qu’ils ont un fonctionnement singulier ou neurologique atypique ?

Même si chaque élève EIP est unique, nous retrouvons bien certaines variables communes tant sur le versant cognitif que sur celui de la gestion des émotions :

Sur le plan cognitif

  • Une pensée en arborescence (une idée en amène une autre)
  • Une pensée très rapide mais une difficulté à expliquer la démarche de raisonnement
  • La passion des mots
  • Une crispation face à l’entrée dans l’écrit (geste, code et conventions)
  • Le besoin de comprendre et de maîtriser
  • La difficulté à « débrancher » ce qui peut avoir des incidences sur leur sommeil

Sur le plan des émotions 

  • Un sens aigu de la justice
  • Les 5 sens très développés (stimulations sensorielles ++)
  • Le sens de l’empathie
  • Le besoin de limites
  • Une estime de soi très fragile
  • ….

Ces deux cartes mentales  proposées par le site REPAIRAGES peuvent être un appui pour accompagner une discussion avec un élève EIP ou sa famille.

Essayons de comprendre maintenant pourquoi ils peuvent être en difficulté à l’école.

Pour ces « drôles de zèbres » comme les appelle Mme Siaud Fachin (psychologue clinicienne), les modalités du système scolaire entrent en tension avec leur propre fonctionnement. En effet, l’école qui favorise généralement la répétition, une pensée plutôt linéaire et séquentielle, la culture de l’écrit, les démonstrations et l’explicitation des procédures, peut mettre à mal ces élèves qui ont une pensée en arborescence, rapide voire fulgurante et mettent en place leurs propres stratégies sans savoir vraiment les expliquer.

Alors, essayer de les comprendre et adapter ne veut pas dire leur donner des « passe-droits », ou les dédouaner complètement de certaines activités qu’ils n’affectionnent pas comme on peut l’entendre parfois. Il s’agit bien ici de trouver le juste dosage pédagogique entre ce que l’enseignant peut exiger de façon constante et bienveillante pour répondre à leur besoin de cadre et de limites contenantes et ce sur quoi l’enseignant peut « lâcher » afin de leur proposer des tâches différenciées et adaptées pour les aider à progresser encore. L’entrée pédagogique des tâches complexes est bien évidemment une façon de les rejoindre au mieux.

A titre d’exemple si nous nous arrêtons sur le domaine de l’écrit qui est souvent un point de tension pour ces élèves, l’entrée par l’exercice de copie risque fortement de générer des attitudes de refus ou d’opposition de l’élève EIP. Rappelons que ces élèves veulent comprendre et mettre du sens dans ce qu’ils font. Alors, copier pour copier et s’entraîner ne risque pas de les mobiliser. Par contre si nous privilégions l’entrée par le SENS en leur proposant d’écrire une lettre dans le cadre d’un projet, de copier le résumé pour un élève qui est absent ou de préparer une affiche pour la classe etc… nous aurons plus de chances de les voir s’engager dans la tâche même si les difficultés graphiques persistent.

Nous attirons votre attention sur un profil particulier d’élèves EIP, ceux qui ne posent aucun problème à l’école car ils se sur-adaptent en voulant être conformes aux attendus de l’Ecole. Ils se mettent en mode « camouflage » et préfèrent inhiber leurs potentialités plutôt que de se faire remarquer. Les filles EIP sont peut-être plus souvent sur ce mode. Mais cette tension et cette vigilance constante que cela leur demande toute la journée peut exploser une fois qu’ils sont rentrés chez eux. Les psychologues appellent ce mécanisme le « faux-self ».

Aller à l’école c’est aussi bien sûr, apprendre à vivre ensemble et cet aspect-là est un apprentissage parfois compliqué pour ces « enfants sentinelle » comme les appelle Mr Revol (neuropsychiatre). Comme ils n’ont pas toujours les mêmes centres d’intérêt que les enfants de leur âge, qu’ils ont un mode très personnel pour entrer en relation avec l’Autre avec un sens aigu de la justice, la cour de récréation peut être un lieu anxiogène voire insécure pour ces élèves. En primaire et surtout au collège, ils peuvent être la cible de réflexions récurrentes de la part de leurs camarades et se sentir rejetés par leurs pairs. Une vigilance des adultes accompagnant l’enfant ou le jeune est essentielle. Une piste intéressante et qui fait ses preuves est celle qui permet  en début d’année de désigner un « adulte référent » vers qui le jeune pourra se tourner en confiance si besoin (enseignant, responsable CDI, surveillant, chef d’établissement etc..).

Une autre piste que l’on peut favoriser pour certains de ces élèves est celle du tutorat. Cette posture de tuteur prendra appui sur une de leur force: l’empathie; tout en leur permettant d’expliquer les différentes étapes d’une procédure, ce qui les aidera en retour pour structurer leur pensée. Cette modalité particulière aidera les deux élèves à s’accepter, se comprendre tout en coopérant. C’est “gagnant- gagnant”…

Ces élèves au profil particulier ont besoin de comprendre comment ils fonctionnent mais aussi d’intégrer que les autres ne fonctionnent pas comme eux. La gestion de leurs émotions et de l’estime de soi est un travail de longue haleine que l’école peut accompagner certes mais ces « drôles de zèbres » peuvent avoir aussi besoin d’un accompagnement psychologique ponctuel ou régulier dans certaines étapes de leur développement.

                  Une vidéo du Docteur Revol à suivre en guise synthèse.

Une chose est sûre, plus tôt la parole sereine circulera entre la famille, l’école et les partenaires et mieux l’élève EIP s’épanouira. Nous avons deux outils à  disposition pour favoriser ces échanges :

  • La convocation d’une équipe éducative : réunion permettant de convier les personnes accompagnant l’élève : enseignants, famille, partenaires extérieurs afin de croiser les regards sur le parcours de l’enfant ou du jeune.
  • Le livret EIP qui formalise, dans les Pyrénées Atlantiques, la reconnaissance de la précocité ou douance (comme le disent nos amis québécois) et propose des adaptations pédagogiques à mettre en place. Ce livret suit l’élève durant toute sa scolarité et nécessite de faire le point avec la famille au moins une fois par an.

La parole est bien ce qui permettra de faire évoluer nos représentations et chassera idées reçues et préjugés. Alors sachons les écouter pour mieux les comprendre.

Bientôt nous reviendrons vers vous avec un article sur les signes d’alerte et les adaptations pédagogiques à proposer.

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