Les écrans prennent de plus en plus de place dans notre vie, difficile de s’en passer. Et si tout le monde s’accorde à dire qu’il faut vivre avec son temps, beaucoup sentent bien qu’il n’est plus possible de laisser notre vie se faire happer par ces objets. La surconsommation d’écrans nuit au bien-être de chacun. Et les enfants, avec les adolescents, sont les plus exposés aux risques d’une consommation excessive des produits d’une industrie plus préoccupée par le fait de nous rendre accros et par des intérêts financiers que par des sujets touchant à la santé publique et au bien-être de chacun. Et la question du temps passé devant les écrans est au cœur des défis actuels en matière d’éducation (vivre ensemble, prévention des difficultés d’apprentissage, protection de la vie privée, éducation aux médias de l’information).

10 jours sans écrans de loisirs

Nous nous sommes intéressés au projet Défi de la dizaine, initié en 2000 par le Québécois Jacques Brodeur, qui consiste à proposer aux élèves le défi collectif de remplacer, pendant 10 jours, le temps passé habituellement devant les écrans de loisirs par des activités de découverte, et de rencontre. Appelé également Défi 10 jours pour voir autrement, cet événement a pour objectif de faire vivre à tous les acteurs de l’école qui le désirent, y compris aux adultes du personnel et de l’équipe enseignante, un moment convivial, voire festif, de réflexion et de prise de recul sur l’usage que nous avons tous des écrans et d’internet.

La proposition surprise du défi de la dizaine a été faite aux élèves mardi 17 janvier par l’équipe éducative en présence de la presse. Les enseignants en ont présenté le fonctionnement qui consiste à cumuler les points que l’on gagne chaque fois que l’on se passe d’écran sur cinq temps précis de la journée pendant toute la durée du défi. Des boîtes à idées ont été disposées dans les classes pour recueillir les propositions d’activités à faire ensemble pendant le défi. Puis les parents ont pu également faire leurs propositions. Avec l’aide de nombreuses associatoins et organismes, nous avons préparé un programme d’activités à l’école ou aux alentours d’Urrugne destiné aux enfants, à leurs parents ou à leurs proches.

Le défi est un moment de prise de recul et de réflexion qui va aider chacun des participants à, selon les termes de Jacques Brodeur, mieux « fixer la frontière entre les écrans qui rendent service et les écrans qui asservissent ».

La méthode des 4 pas

Les spécialistes sont de plus en plus nombreux à dénoncer les effets négatifs des écrans. Parmi eux, Michel Desmurget, docteur en neurosciences cognitives et directeur de recherche à l’Inserm, qui a recueilli et compilé des centaines d’articles et d’études scientifiques réalisées sur la télévision ses cinquante dernières années pour rédiger en 2011 TV LOBOTOMIE, la vérité scientifique sur les effets de la télévision. Son verdict est sans appel, à l’image du titre de l’ouvrage, les effets de la télévision sur nos comportements, notre santé et le développement des enfants sont délétères, “la télévision est un fléau”.

Les écrans fatiguent le système attentionnel, réduisent les temps de parole en famille, sont anxiogènes et altèrent la qualité du sommeil. Au contraire, réduire le temps d’écrans chez les enfants favorise leur développement,  prévient les difficultés d’apprentissage et de langage, et procure une meilleur sommeil.

Sabine Duflo est psychologue clinicienne et thérapeute familiale au centre médico-psychologique infanto-juvénile de Noisy-le-Grand (93160). La méthode des 4 pas, qu’elle a conçue, nous procure des conseils simples et efficaces pour réguler les écrans à la maison :

  • Pas d’écrans le matin
  • Pas d’écrans durant les repas
  • Pas d’écrans avant de s’endormir
  • Pas d’écrans dans la chambre de l’enfant

Mettre en place ces 4 temps sans écrans c’est permettre à l’enfant d’être plus attentif en classe, de mieux développer son langage, sa pensée, son imagination, sa capacité à être seul, son autonomisation, et de faire la distinction entre le réel et le virtuel.

Le jeu c’est très sérieux

Jouer est indispensable aux enfants, il fait grandir, aide à se construire et à mieux vivre avec les autres. Il aide aussi à développer le langage, l’imaginaire et le raisonnement logique. Or les enfants consacrent de plus en plus de temps aux écrans, et autant de moins au jeu libre. De nombreux professionnels de l’enfance en sont préoccupés et préconisent de redonner au jeu la place qu’elle mérite.

Inspiré du projet anglais Scrapbook, des Récrés Jeu t’aime de Wallonie et de la Boîte à jouer parisienne, la récréation JEU ME FAIT COGITER consiste à mettre en place un atelier sur le temps de la récréation, durant lequel les élèves ont à disposition une grande variété d’objets désuets de la vie quotidienne : pneus, couvertures, tubes, cordes, gouttières en plastique, claviers d’ordinateur, cônes de chantier, téléphones, casseroles etc… Les enfants ont la liberté de les utiliser comme bon leur semble afin d’imaginer et de construire les jeux et les univers de leur choix, sous la surveillance de l’adulte. Cet atelier existe à l’école Saint François-Xavier depuis novembre 2016,  il vise à améliorer les capacités sociales, motrices et cognitives des enfants.

 Un projet rétro ou réac ?

En 2013, l’école avait fait le choix de de s’équiper en tablettes et a, depuis, mené de nombreux projets de créations numériques avec les élèves : créations musicales, raps, enregistrements pour la webradio, capsules vidéo, créations littéraires sur Twitter etc. Et il est intéressant de voir que le même établissement mène un projet de prise de conscience des effets des écrans de loisirs sur le développement des enfants. Car il y a une cohérence à dire d’une part que l’enfant ne se développera jamais aussi bien qu’en en se confrontant à la réalité, en agissant sur des objets, en interagissant avec les autres, et lorsqu’on l‘autorise à être créatif et d’autre part que l’élève a besoin d’être acteur de son apprentissage, qu’on lui permette de s’inscrire dans un processus de création personnelle ou de groupe, de réalisation de tâches complexes et que certaines utilisations des tablettes viennent enrichir les démarches mises en œuvre dans la pédagogie du projet.

A une époque ou les écrans prennent tant de place on pourrait accuser le projet de déni de modernité voire le qualifier de réactionnaire. Il nous semble néanmoins d’actualité et plutôt que rétro nous préférons le terme de rétro-futuriste.

J’ajouterai enfin que le fait de se pencher sur les effets des écrans amène à une prise de conscience de l’importance du jeu libre dans le développement. Et les conduites menées par les enfants dans ce domaine procurent au pédagogue, et peut-être plus particulièrement à l’enseignant spécialisé, un champ d’observation particulièrement fourni lorsqu’il veut mieux comprendre le fonctionnement d’un élève.

Retrouvez tout le projet du défi  ainsi que son blog et ses nombreux articles (merci Jérôme) :

Accueil – Défi 10 jours sans écrans à l’école bilingue d’Urrugne

Les études scientifiques démontrent la nocivité de l’usage des écrans à certaines périodes clés du développement. Tous les champs sont touchés, de l’intelligence à l’imagination, en passant par le langage, la lecture, l’attention et la motricité.

 

 

%d blogueurs aiment cette page :